Volte Gestes: Exposition #9, saison 5
Curation de l’exposition : Céline Lerebourg
Même Si, 39 boulevard Beaumarchais, 75003 Paris
De nos feux, l’empreinte
Il y a, dans chaque geste, une possibilité qui couve.
Déchirer, glaner, teindre,
récupérer, déposer, plonger,
assembler, enfouir, broder,
graver, chiner, exposer,
infuser, transmettre, broyer.
Chorégraphie féconde qui désarme ceux qui extraient et séparent, retourne les logiques qui assignent et isolent, désactive les forces qui épuisent les corps et les milieux.
Vivantes, indociles, persistantes, créatrices et matières, matières créatrices, s’animent et s’entrelacent pour tracer d’autres possibles.
Volte gestes, de nos feux l’empreinte rassemble des pratiques qui engagent le geste comme une zone de bascule.
Ici, on ne prélève pas impunément. On ravive au lieu de produire, on compose avec ce qui, laissé de côté, résiste. Draps et tissus anciens, graines et algues échouées, bois déclassé, nid déserté, archives déterrées : si tout a déjà vécu, tout demande à vivre encore.
Faire avec ce qui est là, c’est suivre la matière qui absorbe, insiste et marque, respecter la vie qu’elle porte déjà en elle et le rythme qu’elle impose, sans jamais la contrarier. Composer avec les contraintes. Célébrer l’accident. Les temporalités de production excèdent l’instant de l’image : ça germe, ça prend, ça croît.
Les frontières cèdent.
Doucement, déborder.
moi n’est plus. Les identités se fragmentent et se lient, multiples, poreuses, elles circulent, se croisent et se déploient dans un infini réseau de relations.
Ne plus rester étanche à l’autre, rêver la nouvelle lignée : appartenir au Vivant.
n’appartenir qu’au Vivant.
Les formes qui en résultent s’inscrivent dans un engagement situé, attentif à ce qui se joue dans la Rencontre. Elles portent l’empreinte de ce qui les a traversées. Les corps sont engagés, imprégnés.
Par capillarité, le geste appelle d’autres gestes, la forme inspire d’autres formes, c’est un élan, une fièvre qui se propage, une braise, une rage, vivace, perméable, puissante, irréversible.
C’est là, au creux des gestes, dans l’épaisseur des matières, au contact du Vivant, que naît notre capacité à faire feu, autrement.