Le Sacre du Vivant: Exposition #2, saison 5
Curation de l'exposition : Armelle Dakouo
Galerie Hebert, 18 rue du Pont Louis-Philippe, 75004 Paris
Aujourd’hui, parler du vivant c’est avoir conscience et prendre soin d’un contexte environnemental qui nous entoure, d’assumer ce lien invisible mais pourtant palpable entre humains et non humains afin de retrouver un équilibre dans la relation entre nos écosystèmes.
La question du vivant et de son appréhension artistique prend ici toutes ses formes d’expression. Les artistes par leur sensibilité, leurs questionnements et leurs pratiques nous proposent une réflexion sur l’interdépendance des humains, des végétaux, minéraux et des animaux dans une ode à la vie. Leur interprétation est organique et elles s’unissent autour de notions communes et propres à leur travail en quête de fluidité, de contemplation et de mémoire.
Tamaris Borelly anime avec délicatesse cette fluidité recherchée par du dessin à l’aquarelle. Elle donne vie à un monde en excluant les vides et en estompant les silhouettes. Tout est fait d’interconnexions et d’entrelacs; Elle illustre la symbiose d’écosystèmes qui nous rappelle la croyance selon laquelle la nature est régie par des esprits analogues à la volonté humaine. Sa technique du all over magnifie la densité et la pluralité du végétal en symbiose avec le monde animal et humain. Ne dit-on pas que la nature a horreur du vide?
Dans la continuité de son travail autour du fractal et du monde micro ou macro que cela implique, Zineb Mezzour aborde sa relation au minéral avec une étude sur les roches de la côte méditerranéenne. Elle perpétue son interêt pour le temps étiré, son impact sur le vivant et sur une mémoire imbriquée qui en résulte. Elle étudie et questionne l’organicité de la matière afin de rendre visible l’invisible, considérer ou reconsidérer notre regard sur l’environnement et la place de l’humain et du non-humain dans celui-ci.
Célia Rakotondrainy questionne la fluidité dans sa quête identitaire. Abordant un nouveau cycle dans sa série d’autoportraits, elle est en conversation avec les éléments qui ont participé à fédérer son identité, l’eau et le végétal (notamment cette fleur, l’hydrangea) qui caractérisent l’un et l’autre ses origines malgaches et sa vie aux Açores. Ils sont déterminants dans la définition de son être mais aussi les cycles qu’elle enchaine, un écosystème sensoriel, mémoriel et émotionnel. Elle clôt ici une série en trois chapitres où son émergence de l’eau annonce une nouvelle mue.
Caroline Vauvert-Valarcher dépose une nouvelle approche de son propos artistique tourné vers l’éco conception en alliant des chutes de verres à de la pâte de cellulose. Vitrailliste de formation, elle associe son savoir-faire à ses convictions personnelles et à sa fascination pour le vivant. Elle choisit intuitivement de travailler avec de la pâte à cellulose produite par fibres cellulosiques contenues dans le bois ou d'autres végétaux ligneux en la restituant en sculpture inspirée de l’écorce de bois, participant ainsi à perpétuer de nouveaux cycles.
Dans son univers poétique et merveilleux Nelly Zagury interroge son imaginaire façonné par une mémoire intime transcrite de ses rêves. Son héritage marocain souiri influence son esthétique tout en l’amenant à étudier les relations entre la spiritualité, le mythe et la jouissance de l’existence. En découle un travail polymorphe de peinture, de dessin et de céramique mêlant des références post orientalistes à une représentation de la figure féminine pleinement assumée dans son appétence pour la vie.
Ainsi faisant, chacune d’entre elles nous amène à bousculer nos perceptions, à redéfinir nos préceptes mais elles nous rappellent aussi la fragilité de cette synergie possible dans le complexe écosystème du monde du vivant.